Une startup française au cœur de la révolution quantique
Fondée en 2020 par les frères Matthieu et Pierre Desjardins, C12 Quantum Electronics s’est imposée comme l’un des acteurs les plus prometteurs de l’informatique quantique en Europe. Basée à Paris, la jeune entreprise développe une technologie originale reposant sur l’utilisation de nanotubes de carbone comme support pour ses qubits, les unités de base du calcul quantique. Une approche radicalement différente de celle adoptée par les géants du secteur comme IBM ou Google, qui s’appuient majoritairement sur des circuits supraconducteurs en aluminium.
Ce pari technologique audacieux vient de franchir une étape décisive. C12 a annoncé avoir produit 50 puces quantiques en quatre semaines, contre une durée d’environ un an auparavant. Ce bond en avant dans la cadence de fabrication représente bien plus qu’un simple gain de productivité : il valide la reproductibilité industrielle d’une technologie jusqu’ici considérée comme trop délicate à mettre à l’échelle.
La technologie des nanotubes de carbone : pourquoi c’est si difficile
Pour comprendre l’ampleur de cette performance, il faut saisir les défis inhérents à la fabrication de qubits à base de nanotubes de carbone. Ces structures cylindriques, dont le diamètre est des milliers de fois inférieur à celui d’un cheveu humain, offrent des propriétés quantiques exceptionnelles : une très faible sensibilité aux perturbations extérieures, une cohérence quantique prolongée et une compatibilité potentielle avec des températures de fonctionnement légèrement moins extrêmes que les supraconducteurs classiques.
Mais leur fabrication est d’une complexité redoutable. Chaque nanotube doit être positionné avec une précision nanométrique, et les variations infimes dans le processus de croissance peuvent rendre un qubit inutilisable. Pendant des années, ce manque de reproductibilité a constitué le principal obstacle à l’industrialisation de cette approche.
« Nous avons développé un procédé de fabrication qui transforme ce qui était un art en une science reproductible. C’est ce changement de paradigme qui nous permet aujourd’hui de parler d’industrialisation réelle. » — Matthieu Desjardins, cofondateur de C12 Quantum Electronics
La clé du succès de C12 réside dans la maîtrise complète de la chaîne de fabrication, depuis la croissance des nanotubes jusqu’à l’intégration finale des puces, réalisée en grande partie dans les laboratoires de l’École Normale Supérieure de Paris.
Ce que signifie concrètement ce bond de productivité
Passer d’une puce par an à cinquante puces en quatre semaines, c’est multiplier le rythme de production par un facteur supérieur à 600. Dans le monde de l’informatique quantique, cette accélération a des implications profondes à plusieurs niveaux.
- Itération rapide : produire davantage de puces permet de tester plus d’architectures et d’améliorer les performances des qubits à un rythme bien plus soutenu.
- Réduction des coûts : l’industrialisation du procédé fait baisser mécaniquement le coût unitaire de chaque puce, rendant la technologie plus accessible.
- Attractivité pour les investisseurs : démontrer une capacité de production reproductible est un signal fort pour les partenaires industriels et les fonds de capital-risque.
- Crédibilité face aux concurrents : là où certaines startups quantiques peinent à sortir du stade du prototype, C12 entre dans une phase de développement industriel tangible.
Cette montée en cadence intervient dans un contexte où la course mondiale à l’informatique quantique s’intensifie. Les États-Unis, la Chine et plusieurs nations européennes investissent massivement dans ce domaine, considéré comme stratégique pour la défense, la finance, la chimie computationnelle et la logistique.
Une position unique dans le paysage quantique mondial
Ce qui distingue C12 de la majorité de ses concurrents, c’est la nature même de son matériau de base. Si les qubits supraconducteurs d’IBM, les qubits photoniques de Quandela ou les ions piégés de IonQ ont chacun leurs avantages, les qubits à nanotubes de carbone de C12 offrent une combinaison de propriétés difficile à reproduire avec d’autres approches.
Les chercheurs de la startup ont notamment démontré des temps de cohérence compétitifs, une caractéristique essentielle qui détermine combien de temps un qubit peut maintenir son état quantique avant d’être perturbé par son environnement. Plus ce temps est long, plus il est possible d’effectuer des calculs complexes.
La France, à travers le Plan Quantique doté de 1,8 milliard d’euros lancé en 2021, a fait de ce secteur une priorité nationale. C12 bénéficie de cet écosystème favorable, tout en ayant su attirer des investisseurs internationaux convaincus par la solidité de son approche scientifique.
Les prochaines étapes pour C12
Fort de cette validation technologique, C12 annonce désormais vouloir atteindre des processeurs quantiques dotés de plusieurs dizaines de qubits fonctionnels d’ici les prochaines années. L’objectif à moyen terme est de proposer un accès cloud à ses processeurs quantiques, permettant à des entreprises et laboratoires du monde entier d’expérimenter avec cette technologie sans avoir à disposer de leur propre infrastructure cryogénique.
La startup travaille également sur l’amélioration du taux d’erreur par porte quantique, un indicateur clé de la qualité des opérations réalisées sur les qubits. Atteindre des seuils suffisamment bas pour permettre la correction d’erreurs quantique reste l’un des grands défis de toute l’industrie.
En réussissant à industrialiser sa fabrication de puces, C12 franchit une barrière que beaucoup considéraient comme insurmontable à court terme. Cette prouesse confirme que l’Europe, et la France en particulier, dispose des ressources humaines et scientifiques nécessaires pour peser dans la compétition quantique mondiale — sans nécessairement copier les approches des leaders américains ou chinois.


